L’économie et le développement durable

A l’heure ou la France s’inquiète des chiffres élevés du chômage, s’agite autour des dépôts de bilan et autres plans de licenciements, à l’heure où la grogne s’intensifie et se diversifie sur fond de crise mondiale, depuis un bout de temps l’économie hexagonale a pris froid, du coup les français ont le rhume.  Ca se ressent bien dans les emblèmes des luttes qui rythment l’actualité des derniers mois. Bonnets rouges, verts, jaunes, oranges, tous se couvrent la tête et battent le pavé, mais pas pour les mêmes raisons.

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Récemment, un éminent professeur dans une école de commerce Lyonnaise avec qui nous abordions le sujet de l’économie française et entre autres de l’écotaxe m’as confié : « l’heure est assez grave, pourquoi se préoccuper d’écologie ou de développement durable ? Créons des emplois, revoyons le coût du travail, arrêtons de râler pour tout »

Ce discours m’a interpelé et bien qu’il y ait des pistes à explorer, j’ai compris que c’était le raisonnement d’un baby boomer qui n’applique aux problèmes que les recettes inhérentes au raisonnement de sa génération.

Mais une fois cela dit, il est intéressant de se poser la question de savoir quelle est la place du développement durable dans l’économie ? A-t-elle seulement une place ? En quoi peut-elle être utile, force de proposition et/ou de renouvellement de ce pilier majeur pour nos sociétés capitalistes ?

Si le développement durable est un développement qui permet de subvenir aux besoins des générations actuelles sans compromettre la capacité des générations futures à subvenir aux leurs ; si l’économie est la clé de voute du développement dans la société capitaliste dans laquelle nous vivons, alors la question ne se pose plus, les deux sujets sont étroitement liés.

Sans faire une analyse politique de l’économie capitaliste, nous allons essayer de la comprendre en s’appuyant sur un regard  « neutre » s’il en existe. La définition du père de la sociologie MAX WEBER dit :

« Nous appelons une action économique « capitaliste » celle qui repose sur l’espoir d’un profit par l’exploitation des possibilités d’échange, c’est-à-dire sur des chances (formellement) pacifiques de profit  » (tiré de son ouvrage L’Éthique protestante et l’esprit du capitalisme).

Cette définition met l’accent sur la recherche de profit, qui est souvent la raison d’être d’une initiative économique privée, mais aussi sur le risque pris lors de cette initiative. Elle met également en avant la notion d’échange, introduit l’idée d’équité entre les participants et le caractère pacifique du processus.

L’équité consiste à considérer chaque partie prenante de l’initiative économique à hauteur de son implication, c’est à dire attribuer à chacun la juste part du profit qui lui revient et l’impliquer dans les décisions.

Le caractère pacifique du processus vise à une bonne répartition des rapports de force, à l’appel au consensus nécessaire pour que toutes les parties concourent à un même objectif.

Pour schématiser, MAX WEBER définit l’économie capitaliste comme une collaboration harmonieuse entre un initiateur qui  place un capital dans un projet, et les différentes forces de travail auxquelles il fait appel pour le mener à bien ; ceci dans l’espoir de créer de la valeur ajoutée qui sera distribuée équitablement entre les deux parties. Pour l’une elle servira à rémunérer son travail, pour l’autre à accroitre son capital et accumuler de la richesse.

Que l’on soit d’accord avec le principe du capitalisme ou pas, si l’on se base sur cette définition, on peut donc envisager une économie capitaliste vertueuse, ou du moins prendre conscience que sur le papier c’est un concept qui promeut une certaine justice, une certaine stabilité.

Cela contraste avec la réalité où le maître mot est désormais minimisation de l’investissement pour une maximisation du profit, avec tous les effets pervers que cela engendre.

Ces effets pervers nous font vivre dans une société de défiance où plus personne ne s’y retrouve, si ce n’est ceux qui tirent les ficelles pour leurs intérêts personnels.

Mais qui tire les ficelles ?

Certes, certaines grosses firmes de notre monde adoptent des comportements qui posent de vraies questions sur leurs motivations finales. Le capitalisme tel que nous le vivons aujourd’hui crée des clivages et des conglomérats aux issues catastrophiques pour les citoyens.

Mais il est confortable de se cacher derrière cette idée de complot, d’organisations ou de personnalités mal intentionnées dont le projet est de nous assujettir, de nous exploiter pour s’enrichir et de spéculer sur nos malheurs.

La mondialisation de l’économie et de la concurrence, l’essoufflement de nos modèles économiques et son renouvellement très lent, les bouleversements sociaux et idéologiques sont aussi responsables de la disparition des quelques valeurs morales de l’économie capitaliste.

Le Citoyen aussi de façon individuelle porte sa part de responsabilité dans la situation, car de façon consciente ou non, nous participons à ce jeu et souvent nous donnons le ton de son durcissement ou de sa perversité.

Ainsi force de travail n’est plus qu’un moyen pour atteindre le profit et accumuler des richesses, le moyen devient la fin et la fin le moyen, les êtres humains au service de l’argent et non l’inverse.

Face à cela on peut alors envisager une nouvelle économie, qui cohabite avec l’économie capitaliste, en se dépouillant de ses travers. Une économie dont le vrai souci est l’humain qui la porte à bout de bras au quotidien.

L’économie sociale et solidaire

« L’économie sociale et solidaire regroupe des organisations qui se définissent soit par leur statut non lucratif et leur gestion démocratique, soit par leur objet social, qui revendique une utilité sociale spécifique. »1

Contrairement à ce que l’on croit, cette idée existe depuis longtemps et a existé à coté de l’économie classique avant même les philosophes des lumières.

En effet, au 13ème siècle déjà, le principe de compagnonnage regroupait des ouvriers dans une communauté de métier où ils avaient un réel pouvoir de décision individuel sur les règles et les conditions de travail et où ils mutualisaient leur force dans l’intérêt de chacun des compagnons. Plus tard sous la révolution française, désignées par le terme « corporations », ces communautés ont été interdites et dissoutes par les tenants du libéralisme.2

L’économie sociale et solidaire (ESS) n’est pas une économie capitaliste assainie, mais bien un autre système économique, une autre façon de concevoir une organisation destinée à produire des biens et des services. Sa principale différence avec l’économie dite capitaliste est que sa vocation première n’est pas d’alimenter une accumulation de richesse de ses dirigeants.

Par ailleurs l’ESS encourage une gestion démocratique dans ses structures, avec une place importante accordée au dialogue et le principe d’un membre = une voix.

Elle exclut toutes financiarisation susceptible de lui faire perdre son indépendance et de nourrir d’autres intérêts que ceux définis dans les statuts de ses structures.

Bien sûr, l’ESS ne peut s’envisager sans le respect de l’environnement, creuset de son développement. C’est donc un modèle qui se veut écologiquement responsable, socialement équitable et économiquement viable, répondant entièrement aux principes du développement durable.

Les formes de structures dans l’ESS sont diverses. On y trouve des associations, des coopératives, des SCOP, des mutuelles, des sociétés de personnes, etc.

Les structures de l’ESS relèvent souvent de :

  • l’insertion par l’activité économique (ESAT et EHPAD à but non lucratif),
  • organisations dont le but est de vulgariser et exploiter un modèle éco-responsable ou à forte valeur ajouté sociale (AMAP, SCOP…)
  • entreprises de la finance solidaire (finansol, babyloan, …)

Même si aujourd’hui cette économie n’est pas assez forte pour influencer efficacement l’économie classique, elle à le mérite de montrer que l’entreprise capitaliste privée n’est pas le seul modèle de structure destinée à produire des biens et des services, et que l’enrichissement personnel n’est pas la seule motivation pour être entrepreneur.

L’ESS en France

En France les structures de L’ESS sont fortement présentes dans certains domaines et quasiment absentes dans d’autres.

  • 38 millions de personnes sont protégées par une mutuelle adhérente à la Fédération nationale de la mutualité française ;
  • 21 000 entreprises coopératives emploient près d’un million de salariés ;
  • 45 % de Français adhèrent à une association et plus d’1,8 million de salariés œuvrent aux côtés de 16 millions de bénévoles.3

Ainsi, 10,3% de l’ensemble des salariés sur le territoire national sont des salariés de l’économie sociale et solidaire.4

L’ESS est d’ailleurs un secteur qui se développe et recrute, les métiers sont divers, variés et riches.

Contrairement à ce que l’on peut penser, certains postes affichent des rémunérations très correctes.

Sur le plan national, des sites comme UDES recensent les offres d’emploi dans le domaine.

En Rhône-Alpes, les sites phares sont : Rhône-Alpes-Solidaire  ou CRESS Rhône-Alpes.

Depuis la quatrième république, un ministre est délégué à l’économie sociale et solidaire avec des nuances dans l’appellation. Ce poste est tenu par BENOIT HAMON dans le gouvernement AYRAULT.

 

Ce qui se cache sous les chiffres de l’économie sociale et solidaire

Les chiffres qui viennent d’être donnés son certes flatteurs, mais il faut rester lucide : l’ESS souffre aussi de quelques maux qu’il appartient à nous citoyens de soigner. Ces maux se définissent en trois termes, « banalisation », « récupération » et  « instrumentalisation »4.

Banalisation parce que certaines entreprises ayant le statut qui les classe dans les structures de l’ESS se sont complètement intégrées dans l’économie classique, ont adopté son code et subissent ses perversions. Ce cas de figure se retrouve dans beaucoup de banques dites « coopératives » comme le crédit agricole qui garde cette forme de structure tout en étant comme les autres banques un acteur des marchés financiers et détenu à 27% par des investisseurs institutionnels (fond de pension, actionnaires, etc. )

Récupération parce que beaucoup de structures de l’ESS dépendent de fonds publics et finissent par se substituer au service de l’Etat.

Enfin Instrumentalisation quand certaines de ces  organismes sont utilisés à des fins politiques, se retrouvant principalement dans une logique partisane et électoraliste avant d’être acteurs dans leur domaine de compétence.

Ces dérives s’expliquent en partie par le fait que l’ESS est confrontée à la concurrence de l’économie classique qui n’a pas les mêmes priorités. Par ailleurs l’ESS ne pèse pas assez lourd dans le champ économique en général pour s’affirmer systématiquement face à toutes les tentations. Enfin, beaucoup de structures de l’ESS dépendent de finances de l’Etat, et ne doivent leur existence qu’à l’apport de ce dernier.

Les enjeux de l’ESS aujourd’hui

L’ESS aujourd’hui en France est à la croisée des chemins et nécessite que ses valeurs soient affirmées. Pour cela, il faudrait qu’elle investisse plus de domaines et de secteur d’activité. L’ESS ne représente que 1% des entreprises  de l’industrie,5 ce domaine étant l’un de ceux qui souffrent le plus des perversions de l’économie capitaliste.

Les entreprises innovantes et celles des nouvelles technologies d’information et de communication ne sont pas nombreuses non plus dans ce domaine de l’économie.

D’un autre coté, l’ESS représente 30% des entreprises de la finance et banque-assurance et malgré ce poids non négligeable, ses valeurs ne nous ont pas épargnés de la crise financière mondiale.

L’ESS lance donc un appel aux entrepreneurs, aux acteurs de l’innovation, aux citoyens pour qu’ils s’engagent plus dans cette voie, en créant des entreprises, en trouvant de nouveaux modèles économiques répondant au domaine de l’économie sociale et solidaire. Etre salarié ou bénévole de ces structures est aussi une forme d’engagement, ceci afin de donner à l’ESS la confiance dont elle a besoin, d’en faire une économie qui compte, capable de s’affirmer face à l’économie capitaliste, redonnant du sens au travail, l’orientant plus vers l’humain dans son environnement que vers le profit coûte que coûte. 

Aller plus loin sur le sujet.

  1. avis du CESE sur l’économie sociale et solidaire.
  2. musée du compagnonnage de Tours.
  3. chiffre Insee 2011.
  4. issue de l’enquête de « alternative économique » janvier 2012.  5- Insee 2011.

 

Merci pour votre visite !

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À propos de développeur-durable

Le billetDD se donne deux ambitions principales : -Vulgariser les principes qui sous tendent un modèle de société plus écologique, sur le plan social, économique et environnemental. -Mettre en avant toutes initiatives ou actions concrètes qui illustrent ses principes.

Publié le décembre 9, 2013, dans Economie, et tagué , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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