Archives de Catégorie: Economie
ET SI ON LIBÉRAIT LE TRAVAIL !
Est il possible de venir à bout du chômage ? Le fameux « plein emploi » est-il encore à notre portée ? Malgré les dispositions envisagées et prises par les gouvernants pour vaincre ce qui à en croire les débats est le mal du siècle, la quête parait de plus en plus vaine,
Au mois de mars 2016 nous comptions en France 10% chômeurs, selon Eurostat. Soit environs trois millions de chômeurs sur une population active d’environ 30 millions de personnes.
Comment sortir trois millions de personnes de la précarité du chômage et booster l’économie du pays ?
Car on l’a assez dit, des chômeurs, c’est des allocations chômages versées, et plus il y en a, moins ceux qui cotisent, c’est-à-dire ceux qui ont un emploi, peuvent supporter le coût.
Ce principe de solidarité qui veut que chaque travailleur mette dans un pot commun pour prévenir les périodes sans emploi de tous, fait partie des joyaux de ce qu’on appelle le modèle social Français. Son coté pervers c’est qu’à force de s’entendre dire que les chômeurs vivent aux frais de ceux qui travaillent, on finit par trouver ces derniers suspects, voir faignants.
L’impression qu’une partie importante ne se donne pas les moyens de trouver un emploi, que les entreprises ne sont pas aidées pour en créer bref, il faudrait Lâcher du lest pour les entreprises, serrer la vis pour les chômeurs, et tout ira mieux n’est-ce pas ?
Les choses nous semblent moins évidentes quand on y regarde de plus près ; Force est de constater que l’époque du plein emploi est bien révolue,
LES RAISONS DE LA GALÈRE !
Nous en sommes tous témoins, avec l’informatisation et l’automatisation le travail a cessé d’être la principale force productive. C’est-à-dire que globalement, dans un produit, il y a de moins en moins de temps passé par un humain pour le réaliser. Des taches jadis réalisées par des êtres humains sont faite aujourd’hui par des logiciels ou des robots, mieux et moins chers, plus rapidement. Autant dire qu’on ne reviendra pas en arrière.
De plus, il est rare, voire impossible de trouver une entreprise aujourd’hui qui ne fasse pas de l’optimisation, de la rationalisation, de la réduction de coûts, du lean management, du gain de productivité et j’en passe.
Toutes ces techniques, et concepts de managements qui visent à produire le plus et mieux avec le moins de ressources possibles, sont devenus avec le temps des moyens de supprimer de l’emploi et/ou dégager des bénéfices en un temps record. Chaque victoire obtenue par ces concepts représente des euros ou des dollars économisés et souvent, des emplois supprimés.
Les entreprises sont obligées d’adopter ces pratiques, car il faut conquérir toujours plus de part de marché, les arracher à la concurrence, qui fait de même de son coté, avec les mêmes armes et les mêmes outils.
Il faut donc aller toujours plus loin, scruter la chaîne de valeur de l’entreprise, trouver les économies à faire.
Nous vivons donc dans un système qui mécaniquement génère de la précarité et du chômage. Tout se passe comme si l’emploi lui-même était voué à disparaître. On estime qu’il ne représente plus que 15% du coût total de production. Les entreprises investissent des sommes colossales dans les équipements techniques qui devenant plus sophistiqués et plus efficaces sont devenus aussi plus chers.
Ce qui explique qu’à la sortie, le partage des fruits du travail c’est-à-dire les bénéfices, soient plus avantageux pour ceux qui ont contribués à acheter les équipements (actionnaires) que ceux qui y ont mis leur main d’œuvre (salariés).
Cette répartition inégale s’explique aussi du fait que, dans le postfordisme, ère dans laquelle nous sommes rentrés depuis les années 70, les investisseurs sont issues de la finance internationale, grosses banques d’investissements et autres business angels.
Ces derniers sont dans une autre dynamique que l’entrepreneur de la bourgeoisie locale ou de la banque coopérative de jadis. Ils sont dans une logique de profit à court termes, voir à très court termes, ce qui accélère et pervertit le besoin de rationalisation, d’optimisation, et de coupes franches dans les entreprises. Il faut que ça rapporte gros, en peu de temps.
Tout s’accélère donc, et comme tout bolide lancé à vive allure, ce système-là, ne supporte aucun obstacle. C’est pourquoi les états sont priés de réformer, d’enlever tous les gardes fous, tous les feux tricolores, d’avoir le moins de règle possible à respecter.
Sauf qu’il n’y as pas de ralentissement, ni même d’arrêt. C’est voué à s’accélérer encore plus, c’est le propre du système capitaliste ultra libéral, il n’y a pas de seuil où on se satisfasse et ou on considère qu’on peut se stabiliser. Chaque gain de productivité doit appeler d’autres gains de productivité, les objectifs de bénéfices, une fois atteints, sont déjà un vieux souvenir ! Le lendemain il faut faire le double…
AUGMENTER LE TEMPS DE TRAVAIL !
Nous l’avons vu, le système productif évolue vers un besoin de plus en plus réduit de main d’œuvre et on entend beaucoup de gens dire qu’il y a du chômage parce que nous ne travaillons pas assez et pas assez longtemps.
Mais Comment dans un système qui demande de moins en moins de travail veut on travailler plus ?
Certains pays pourtant, se portent bien mieux que la France en travaillant nettement moins, et réfléchissent à réduire encore le temps de travail pour créer de l’emploi et améliorer la productivité. Voir le cas de la suède
POURTANT D’AUTRES PAYS ON PU ATTEINDRE LE QUASI PLEIN EMPLOI !
L’Allemagne, les USA ont des taux de chômage aux alentours de de 4% n’est-ce pas une preuve qu’avec les réformes libérales on peut faire mieux ?
Avec des réformes libérales nous pourrons atteindre des taux de chômages plus bas, c’est sûr !
Mais la baisse du chômage en Allemagne as mis plus de personnes au travail tous en créant plus de précarité. Un rapport de 2015 le montre avec des chiffres étonnants ! L’Allemagne comptait en 2015, dix fois plus de pauvres que la France, pourtant le chômage y est inférieur de moitié. La faute aux renoncements que leur a coûté les réformes pour atteindre 4% de chômages, avec par exemple des contrats à 1€ de l’heure.
Les états unis quant à eux ont misé à la fin des années 2000 sur le pétrole de schiste pour sortir de la crise. Exploiter les gisements de pétroles par la fracturation hydraulique avec les risques que cela représente, tout en continuant la politique d’endettement infinie qui consiste à faire tourner la planche à billet. Voilà la formule qui permet aux états unie de maintenir le chômage en dessous de 5%.
Faut-il encore rappeler que les états unis sont ceux qui sont allé le plus loin dans le renoncement à un système social digne de ce nom ? Tout ou presque des services qui font généralement partie des missions régaliennes de l’état y sont privatisés ou réduit à leur strict minimum. De la santé, à la distribution de l’eau et de l’énergie. Ce qui fait que les US, toute première puissance du monde qu’elle est, nous renvoi régulièrement des images de pays du tiers monde.
Souvenez-vous de la ville de FLINT dans le Michigan qui a manqué d’eau potable pendant des semaines parce que la collectivité avait fait le choix de pomper l’eau dans une rivière locale gorgée de plomb, pour faire des économies. Souvenez-vous aussi des tensions communautaires qui ont lieu dans ce pays, qu’on peut sans problèmes lier à la précarité économique et sociale, voyez des villes qui lorsqu’elles ne font pas parties des centres de concentration de l’activité économiques, peuvent atteindre 40% de chômeurs.
TRAVAILLER POURQUOI ? PRODUIRE POUR QUEL BESOIN ?
Il se trouve que pour alimenter une machine qui va à une allure folle, on est obligé de faire des choses folles et vides de sens. Parce que l’objectif principal est de produire et consommer, les actions prises sont moins de donner aux gens un emploi décent, intéressant voir intelligible, que faire d’eux des travailleurs-consommateurs. Un peu comme si l’idéal de la démarche consiste à passer le plus claire de son temps à occuper un emploi quel qu’il soit, et l’autre partie à dépenser les revenus de cet emploi.
Dans cette logique, si nous ne produisons pas à outrance et sans aucune contrainte, nous n’aurons pas le plein emploi. Si nous ne consommons pas à outrance, ce que nous produisons ne trouvera pas de débouchés. Voilà le piège dans lequel nous sommes pris.
C’est pourquoi la production et la consommation n’as plus aucun lien avec nos vraies besoins.
C’est pourquoi nous épuisons les ressources naturelles, polluons largement plus que nécessaire et construisons notre prospérité sur la misère de l’autre.
PROGRÈS ECONOMIQUE CONTRE PROGRÈS HUMAIN ?
Au final, on peut se demander à quoi sert le progrès économique s’il ne sert pas le progrès humain.
Si en 2016, tous les progrès techniques que nous accumulons, toutes les innovations et les retombés économiques que génèrent l’activité des humain, ne servent pas à vivre mieux, moins pauvres, dans les meilleurs conditions, nous permettant d’explorer le plus de facette de nos vies, de donner une vraie place à l’accomplissement personnel, à quoi ça sert ?
L’économie à-t-elle encore un sens ?
Puisque la logique est seulement d’aller toujours plus loin toujours plus vite et gagner toujours plus gros.
Souvenons-nous que l’économie est cet « art magnifique dont la raison d’être est de gérer et de réguler les échanges et la répartition des ressources avec le minimum de dissipations et pour le bien de tous »(1), nous en sommes loin.
LIBÉRER LE TRAVAIL DE LA DICTATURE DE L’EMPLOI (2)
C’est sûr, l’emploi à tout prix serre toujours plus l’étau du cercle vicieux dans lequel nous sommes rentrés, surtout si c’est au prix d’acquis sociaux durement acquis, de garde-fou législatif permettant une certaine préservation de la dignité des humains qui font tourner l’économie, de la dégradation de l’environnement et l’épuisement des ressources.
Quand bien même nous acceptions toujours moins de réglementation et toujours plus de flexibilités, comme c’est tout le temps demandé, Il est fort probable qu’un système qui ne se satisfait jamais de ce qu’il a ne se satisfasse jamais des réformes et des concessions qu’on lui accorde.
Peut-être est-il temps de reconsidérer la question du travail dans nos sociétés, travaillons nous pour vivre mieux, ou vivions nous pour travailler ?
Et si l’une des alternatives était de mieux organiser le travail qui reste, pour que le plus grand nombre en ai un décent et intéressant avec un rémunération digne ?
Avoir un emploi rémunéré est-ce la seule façon de travailler ou de se rendre utiles à la communauté ?
Si beaucoup d’entre nous s’accomplissent réellement dans l’emploi qu’ils occupent et y voient la meilleure façon d’habiter le monde, beaucoup plus encore n’y trouvent pas le moyen de s’accomplir humainement, d’où l’importance que l’emploi laisse le temps de mener d’autres vies par ailleurs.
Nous avons besoin de temps et de sérénité pour porter des Projets associatifs, sportifs, artistiques, familiaux, spirituels, initiatiques, politiques, affectifs, etc… Cela si besoin, à côté du temps que nous vendons pour avoir de quoi subvenir à nos besoins. Ces projets sont aussi importants pour une société en bonne santé que le plus gros des PIB.
Ces projets représentent du travail, beaucoup de travail, des heures d’entrainement, de répétitions, de don de soi, d’implication, de conviction échafaudée et affirmées, de chemin parcouru, d’amour donné et reçu, qui n’est pas comptabilisé dans la richesse tel qu’elle est envisagée aujourd’hui.
Le plein emploi est alors loin d’être le garant du plein bien être, ou encore du plein bonheur !
ADAM SMITH : le travail est la substance commune à toutes les marchandises, une substance quantifiable et mesurable dont la qualité cristallisée dans le produit détermine sa valeur.
HEGEL : Le travail est la façon par laquelle les hommes (les êtres humains) inscrivent leur esprits dans la matière et par la même occasion transforment et produisent le monde.
Puissions-nous trouver un compromis juste entre ces deux visions, et libérer le travail de la dictature de l’emploi.
Pour Aller Plus Loin :
Pour préparer cet article, nous avons beaucoup puisé dans le travail de André Gorz, Ivan Illich et Pierre Rabhi.
Lire :
Métamorphose du travail -Andre Gorz -Filio-1988
Travail Fazntôme-Ivan Illich-seuil-1981
Vers la sobriété heureuse-Pierre Rabhi-2010
1- définition de l’économie issue du livre « vers la sobriété heureuse de pierre Rabhi »
2- formule de Frithjof bergmann- philosophe américain des années 50/60 qui a longtemps travaillé sur la question du travail
- Les définitions du travail par Adam Smith et Hegel sont issues du Livre « ecologica » d’André Gorz, page 135.
Travailler en SCOP : Cas du Court-Circuit Bar/Resto à Lyon
Avez-vous déjà entendu parler des entreprises sous statut SCOP ? Si oui avez-vous déjà pensé à travailler dans une telle structure ? quoi qu’il en soit, nous allons à la découverte d’un cas concret, une entreprise sous le statut SCOP qui a bien voulu nous ouvrir ses portes et nous raconter son quotidien, le restaurant bar COURT CIRCUIT A LYON.
SCOP KEZAKO ?
Une SCOP est une Société Coopérative et Participative. Concrètement c’est une entreprise, dont le but est de faire du profit comme les autres, mais dont la gestion se mène de façon démocratique (un salarié, une voie), où les revenus dégagés sont prioritairement affectés à la pérennité des emplois et de l’entreprise elle-même.
Juridiquement, le statut SCOP est une société dont les salariés sont actionnaires majoritaires.
Il existe sous la même forme, les SCIC société coopérative à intérêt collectif.
PETITE HISTOIRE DE LA COOPÉRATION
Contrairement à ce qu’on pourrait croire, l’idée d’une entreprise ou les salariés sont les principaux actionnaires, ou les décisions sont prises à l’unanimité et où toute l’activité a pour but principal de préserver les employés et l’entreprise, ne date pas d’hier.
On trouve l’origine de la coopération au moyen âge déjà, dans les guildes, les compagnonnages, et autres confréries professionnelles. Mais l’idée des sociétés coopératives telles qu’on les conçoit aujourd’hui apparait avec l’industrialisation et l’apparition du syndicalisme au 19e siècle.
Comme souvent, c’est dans les années de crises que l’idée chemine et se perfectionne.
Dans les années 70 avec les nombreuses fermetures d’usines et dépôts de bilans qui secouent la France, la société LIP, mène en 1973 l’une des premières expériences SCOP largement médiatisée.
Depuis, d’autres projets ont vu le jour bien sûr, et les SCOP s’affirment comme un des moyens de donner un autre sens au travail et à l’entreprise.
RESTAURANT /BAR COURT-CIRCUIT, EXEMPLE DE SCOP A LYON
Pour sortir un peu de la théorie, nous avons voulu avoir une idée concrète de ce qu’est le travail dans une SCOP au quotidien. Le restaurant bar court-circuit à bien voulu nous ouvrir ses portes et répondre à nos questions.
Le projet d’entreprise à vue le jour en 2010, à l’initiative de quatre personnes, qui avaient l’idée de dynamiser la vie de quartier par l’activité économique, avec une volonté dès le départ d’opter pour l’autogestion, donc le statut SCOP.
C’est un établissement situé au 13 rue Jangot Lyon 7e dans le quartier Guillotière, qui sert des repas le midi et le soir, fait débit de boisson en continu, entre 9h et 1h du matin, du lundi au vendredi, et le samedi de 14h à 1h. C’est aussi un lieu de socialisation pour les habitants du quartier, concerts et expositions y sont régulièrement programmés.
Aujourd’hui, l’établissement compte 11 salariés, rien de notable lorsqu’on y arrive, on est dans un bar –restaurant comme les autres, le barman est occupé à servir des verres aux clients qui font la queue, un cuisinier s’affaire à la cuisine et une serveuse gère la salle.
C’est Félix, un des salariés qui nous accueille il fait partie de la commission coopération qui gère les relations extérieurs du Court-Circuit.
LE STATUT SCOP PEUT PRENDRE DIVERS VISAGES
Felix sent notre enthousiasme, pour ne pas généraliser, il préfère donner quelques précisions :
« Soyons claires, SCOP c’est d’abord un statut d’entreprise, certes selon la loi, les salariés doivent être actionnaires majoritaires et statutairement, si l’entreprise fait des bénéfices, alors 50% sont automatiquement mis en réserve pour assurer sa pérennité.
Mais il n’y as pas d’exigence légale en matière de distribution des 50% restant. Rien n’empêche de faire une entreprise ou 3 personnes sur cent sont actionnaires majoritaires, ou on achète en chine des produit faits dans des conditions très douteuses très peu chers, pour les vendre une fortune en France »
En effet, le statut SCOP est une base qui permet d’orienter globalement l’organisation et la gestion d’une entreprise à visée participative, mais une grande place est laissée aux administrateurs pour aller plus ou moins loin dans cet engagement. Le mode de fonctionnement peut donc varier selon les SCOP, notamment par la répartition des pouvoirs et des ressources, qui peut modifier grandement le caractère collectiviste des entreprises même si elles sont sous le même statut.
QUI SONT LES SALARIES DU COURT CIRCUIT ?
La question est alors de savoir quel est le profil des salariés de l’entreprise et la motivation qui les incitent à se tourner vers un emploi dans une entreprise coopérative et comment ils sont recrutés.
« Les profils sont très divers, il y a des gens qui sont venu à la SCOP en connaissance de cause, d’autres seulement parce qu’ils cherchaient un emploi. Quand on ouvre un poste, on a énormément de candidatures, et on privilégie les profils de personnes qui ont déjà travaillé dans des entreprises traditionnelles, qui sauront percevoir la différence concrète entre SCOP et entreprise classique.
Felix à un profil atypique, ingénieur de formation, titulaire d’un Master en sciences politiques, il a travaillé au ministère de l’écologie. Goûter à la rigidité et la hiérarchie pyramidale des grosses machines que peuvent être ces structures, l’as convaincu de se tourner vers un emploi en SCOP.
« Pour moi c’est vraiment une autre façon de travailler, c’est très horizontal comme fonctionnement, il n’y a pas d’hiérarchie, ça donne une sacrée capacité à mettre en œuvre les choses. Puis c’est un acte politique aussi, une autre façon de faire de l’économie »
COMMENT CA FONCTIONNE AU QUOTIDIEN ?
Le COURT-CIRCUIT on l’aura compris ne se limite pas au statut SCOP, une charte interne vient compléter le statut et exige qu’à termes chaque salarié devienne actionnaire.
Refuser de devenir actionnaire peut être un motif de licenciement, des 11 salariés actuellement employés par l’entreprise, seul trois ne sont pas encore actionnaires, parce qu’ils sont arrivés récemment.
à l »exception de métiers qui nécessitent des compétences très spécifiques comme celui de cuisinier ou comptable, l’ensemble des salariés est à la même enseigne, embauché comme employés polyvalents.
L’entreprise finance 2h de réunion d’équipe par semaine, soit 22h au total. C’est un vrai parti pris, car c’est plus d’un mi-temps qui n’est pas directement productif, consacré au bon fonctionnement et à l’organisation saine du planning, du développement de l’activité et du débat démocratique lié à la gouvernance.
Chaque salarié a aussi une partie de son temps de travail hebdomadaire (entre 4h et 6h) qui n’est pas du service ou de la cuisine et qui est consacré aux autres aspects de gestion de l’entreprise (achats, ressources humaines, programmation, relations avec les partenaires…). Deux cogérants sont élus pour représenter juridiquement l’entreprise, pour une durée de quatre ans.
« Tout est transparent, dit Félix, je peux aller voir sur un espace virtuel tous les documents de l’entreprise, les fiches formations, les fiches de paye, les documents comptables, les rapports d’assemblée générale, après on ne peut pas s’investir à fond dans tous, et puis il ne faut pas qu’une personne soit irremplaçable. On a des commissions, je fais partie de la commission coopération, et je suis payé par exemple à parler avec vous en ce moment, ça permet de faire un travail autre que servir des bières ou des repas, des taches un peu plus intellectuelles »
Les produits, que ce soit les boissons ou les aliments vendues, sont approvisionnés en circuit court, chez des producteur locaux, avec une certaines charte éthique sur les rapports qui lient l’entreprise à ses fournisseurs ce qui la aussi est un engagement supplémentaire par rapport au statut SCOP.
«Nous on veut payer correctement nos fournisseurs, ne pas faire pression sur leurs prix, parce qu’ils font de bons produits avec des démarches vertueuses (bio, local artisanal). On paie leurs produits au prix juste parce que ce sont des produits de qualité, et ce n’est pas forcément plus cher que d’aller chez métro. On veut aussi que les prix de vente restent abordables pour ne pas devenir un établissement de luxe et rester accessible à tous. Et on souhaite aussi se payer correctement, nous les salariés, en payant toutes les heures travaillées, notamment les heures supplémentaires (on est à 35h semaine) ce qui est rare dans le secteur de la restauration. C’est un peu « le triptyque du COURT CIRCUIT » »
»
LA SANTE DE L’ENTREPRISE
Des quatre fondateurs à l’origine du COURT CIRCUIT, il ne reste plus qu’une personne, qui ne fait pas de service, mais s’occupe de la comptabilité. Tout le reste de l’équipe est là depuis moins de trois ans.
L’entreprise se porte bien, son chiffre d’affaire est croissant chaque année depuis sa création, elle dégage même un peu de bénéfice. La SCOP reste une entreprise qui doit créer de la richesse et payer des salaires, les coactionnaires du COURT CIRCUIT en sont bien conscients.
La réussite du projet et les envies des uns et des autres, a permis à des salariés de quitter le Court-Circuit et de monter une autre entreprise en SCOP à Villeurbanne, un bar restaurant qui s’appelle le Bieristan. Les deux établissements sont indépendants, emploient aujourd’hui 25 salariés en tout, et sont en bonne santé économique.
« La priorité pour nous est de payer des salaires, de maintenir la structure à flot, nous avons décidé unanimement de réinvestir les bénéfices dans l’entreprise, il peut arriver qu’il y ai distribution mais c’est négligeable au vu du travail accompli. Les actionnaires qui ne sont pas salariés, c’est-à-dire des personnes qui ont injecté de l’argent dans le projet à ses débuts, ne reçoivent pas de dividendes, ils sont remboursés tout simplement, c’était décidé comme ça à la base ».
LE DROIT DU TRAVAIL, LA FISCALITÉ ET LA REPRÉSENTATIVITÉ SYNDICALE
Dans un contexte de travail ou la coopération est le maître mot, ou les employés sont aussi des entrepreneurs, on se demande le rapport qui se crée avec le droit du travail. Félix nous répond avec ses deux casquettes :
« Fiscalement il n’y a pas vraiment de différence, entre une SCOP et une SARL, la seule notable est que si on atteint un certain niveau de réserve d’argent, on ne paye pas d’impôt sur les sociétés. Mais en tant que salarié et entrepreneur, je me sens à l’aise avec le code du travail et les 35h ; je suis protégé en tant que salarié et je n’ai pas l’impression d’être handicapé en tant que entrepreneur ou actionnaire. On va être limité plus par la réglementation et les normes qui sont très strictes dans notre métier d’accueil et de restauration (délimitation de la terrasse, réglementation sur le bruit, heures de fermeture, affichage réglementaire…), et qui vont parfois appliquer à une petite structure comme la nôtre des normes qui ne correspondent pas toujours à l’activité, et là ça peut être contraignant.
Quant à la représentativité syndicale, on as pas atteint les effectif pour y être soumis mais rien ne l’empêche Comme on est dans un cadre particulier, sans patron et sans subalternes, les rapports de pouvoir ne sont pas les mêmes que dans une entreprise classique. Cependant, le statut de SCOP n’empêche pas de façon magique le mal être au travail, ou les relations parfois tendues dans un collectif de 11 personnes… On fait très attention à ça et à nos conditions de travail avec des temps d’échange collectifs ou individuels entre salariés et/ou avec les gérants »
LES PROJETS A VENIR /DÉVELOPPEMENT
« Sur la question du développement, l’idée jusqu’ici était d’optimiser au maximum l’exploitation du lieu, notamment en augmentant le nombre de clients. Aujourd’hui on arrive au bout de cette logique, parce qu’on est plein tout le temps, on est plus sur une réflexion de diversification. Par exemple il y a deux ans on a lancé les burgers végétariens pendant le service du soir, ça a permis de rajouter des heures de travail, et d’augmenter l’activité, mais on reste à taille humaine, on ne veut pas travailler le dimanche par exemple, même si beaucoup de clients voudraient qu’on ouvre pour faire un brunch le matin ».
LE STATUT SCOP, UN OUTIL MODULABLE.
On adopte le statut SCOP pour entreprendre et travailler autrement, mais le statut n’est pas tout, la volonté et les motivations des hommes et des femmes qui font l’entreprise est ce qui définit clairement l’identité de la structure. C’est en tout cas un des principaux moyens pour libérer le travail salarié, donner l’opportunité à chacun d’avoir des taches intéressantes, variées et de se sentir appartenir à une aventure, être maître de son destin.
POUR ALLER PLUS LOIN
http://www.le-court-circuit.fr/
Mythe et réalité autour de la Scop
















