Archives de Catégorie: Ecologie

PERSONNALITÉ DU DÉVELOPPEMENT DURABLE#5 VANDANA SHIVA

Voici venu le temps de présenter une nouvelle personnalité du développement durable, sur le « wall of fame » du billetDD, où penseurs, scientifiques, activistes ou personnages politique qui œuvrent par leurs actions, à l’émergence d’une société plus écologique et un développement soutenable trouvent place.

La personnalité aujourd’hui est VANDANA SHIVA.

Vandana-Universidad-Bloque-LUIS-NAVARRO_LNCIMA20140124_0022_28

Vandana Shiva , née le 5 novembre 1952 à Dehradun dans l’état de l’Uttarakhand est une intellectuelle indienne, docteur en philosophie, écrivain, également formée  en physique quantique.  Elle est probablement l’une des écologistes les plus connues dans le monde, donnant des conférences, participant à des documentaires, intervenant au sein des organisations intergouvernementales à des groupes de travail sur diverses questions de développement, notamment concernant les pays du sud.

COMBAT POUR LA BIODIVERSITÉ 

Le cheval de bataille principal de Vandana est la protection de l’environnement, de la biodiversité et le développement de pratiques écologique, alternative au « tout industriel » dans le domaine de l’agriculture, dont le défi n’est rien de moins que de nourrir la population planétaire qui ne cesse de s’accroître.

Ce combat l’a amené à prendre des positions fortes et parfois qualifiées de « radicales » envers l’industrie agro-industrielle de façon générale, et les entreprises de produits phytosanitaires et/ou de biotechnologies agricoles en particulier.

Ainsi, Vandana shiva  s’est fait connaitre surtout à travers son opposition aux OGM (organismes génétiquement modifiés). Dans cette dynamique, elle a crée un centre de recherche et de formation sur la biodiversité et l’agroécologie nommé NAVDANYA. Cette structure permet de mener différents projets d’expérimentation et de mise en œuvre de solutions écologiques aux problèmes rencontrés par les agriculteurs, et mène des études sur les conséquences sociales, environnementales et sanitaires de l’utilisation massive de pesticides chimiques, des semences OGM, et de la biopiraterie*.

En termes de solution, Vandana shiva à travers NAVDANYA  a développé un réseau de collecte, de préservation et de redistribution de semences sur tout le territoire indien loin du grand marché organisé par les multinationales.

Une qualité qu’il faut reconnaître à Vandana est sa capacité à  expliciter les mécanismes qui dans nos modèles de développement desservent l’intérêt collectif.

C’est probablement cette qualité qui explique les nombreuses conférences qu’elle est invitée à donner à travers le monde.

Cette aptitude s’est illustrée dans la bataille qu’elle a mené contre la catastrophe du suicide des paysans indiens, acculés par les conséquences négatives de la « révolution verte » entamé dans les années soixante. En effet si cette politique d’intensification des cultures à permis à l’inde de devenir auto suffisant, voir exportateur de denrées comme le blé, elle à aussi entraîné une utilisation massive de produit chimique et un endettement des paysans. Ces derniers se retrouvant endettés, avec des terres devenue improductives ne trouvent pas d’autres moyens que de se donner la mort, souvent avec les pesticides destinés aux plantes.

 AVEC LA POPULARITÉ, LES CRITIQUES 

shiva

On a vu paraître quelques critiques sur la légitimité de Vandana Shiva, la véracité de ses arguments, ou  les parallèles qu’elle peut faire parfois pour illustrer son propos.

Le célèbre journal « New Yorker » a publié en Aout 2014 un article du journaliste Michel Specter mettant en avant ce qu’il appelle « les doutes » sur l’écologiste indienne. Ces « doutes » portent sur le flou supposé entretenu par l’intéressée sur son diplômes en physique, (licence ? maîtrise ? doctorat ?) ou encore sur les fortes sommes demandées pour ses conférences, ou encore le fait d’avoir comparé la culture d’OGM à un viol.

Le blogueur français Yann  Kindo reprend ces accusations sur son blog et enrichit l’argumentation de specter.

Rappelons que Vandana Shiva a répondu point par point aux accusations dans une lettre publiée sur son site ICI.

Une chose est sûre,  c’est que Madame Shiva pose les bonnes questions sur des problématiques écologiques, sociales et économiques qui concernent la planète entière.  Elle propose et met en œuvre des solutions dont on peut mesurer les résultats, et ses diplômes, les montants demandés pour ses conférences n’impactent en rien son expérience de plus de trente ans das le domaine, il n’y a pas la non plus d’après les informations avancées par ses critiques, de véritable question d’éthique ou de conflits d’intérêts.

Les prix qui lui ont été décernés :

Prix Nobel alternatif en 1993, « pour avoir placé les femmes et l’écologie au cœur du discours sur le développement moderne »

Grand Prix de la culture asiatique de Fukuoka en 2012.

Les combats de cette grande dame sont nombreux et du haut de ses soixante-deux ans, elle ne semble pas sujette à la fatigue. Tant mieux pour nous, et pour la planète, on espère qu’elle continuera à marteler ses messages et qu’elle inspirera d’autres « écoféministe »

ALLER PLUS LOIN :

  • Lionel Astruc ( 2014) Vandana Shiva, Pour une désobéissance créatrice , Domaine du possible, Acte Sud.
  • Vandana Shiva, victoires d’une Indienne contre le pillage de la biodiversité, éd. Terre Vivante, 2011.
  • Ecoféminisme (1993) avec Maria Mies
  • Vandana Shiva, Ethique et agro-industrie. Main basse sur la vie, L’Harmattan,‎ 1996

* biopiraterie : appropriation illégitime des ressources de la biodiversité et des connaissances traditionnelles autochtones qui peuvent y être associées

L’ECOLOGIE INDUSTRIELLE POUR UNE INDUSTRIE VERTE ET EFFICIENTE

78945389_o

Image Fangoz.canalblog.com

De l’invention de la machine à vapeur par James Watt au 18e siècle à nos jours, la civilisation humaine a connu une avancée sans précédent grâce au progrès technique et à l’industrialisation.

La révolution industrielle a ainsi permis  aux pays où elle à vue le jour, de se lancer dans la production manufacturière, avec une mécanisation accrue et un besoin équivalent en énergie.

Les bouleversements occasionnés par ces avancées, aussi bien sur le plan économique, social, que environnemental sont énormes. Encore aujourd’hui, pour produire nos smartphones, nos tablettes et  autres écrans plats, nous avons besoin de systèmes industriels toujours plus performants, innovants, qui tiennent compte des  différentes contraintes auxquelles nous sommes soumis.

En effet, dans un contexte de raréfaction des ressources naturelles et de flambée des prix, puis globalement dans une perspective de transition écologique, comment faire de l’héritage de James Watt et de la première révolution industrielle, un outil  adapté aux problématiques actuelles ?

On n’entend parler de troisième, voir quatrième révolution industrielle, au vu de toutes les innovations qui permettent d’envisager la production de masse autrement. On peut citer les inventions comme l’imprimante 3D,  le début de démocratisation des énergies renouvelables etc…

Le domaine qui s’intéresse de façon approfondie à ces questions c’est l’écologie industrielle.

Nous en avons parlé brièvement dans notre article sur l’économie circulaire, essayons cette fois de mieux comprendre en quoi ça consiste.

L’ÉCOLOGIE INDUSTRIELLE ?

15485_une

L’écologie industrielle s’attache à étudier les « métabolismes industriels » afin d’en identifier et quantifier les flux, stocks de matières et d’énergies (d’une usine, une ligne de production, une zone industrielle,..). Notons qu’un métabolisme industriel est l’ensemble des interactions (entrées, sorties, stock) qui surviennent dans un système industriel.  Une fois identifiés et quantifiés, le principe d’écologie industriel consiste à chercher le moyen de se rapprocher le plus possible d’un équilibre entre les flux par exemple en créant des symbioses industrielles.

Une symbiose industrielle est le cas de figure ou les extrants ou déchets  d’une entreprise peuvent devenir les intrants ou matière première d’une autre entreprise. La symbiose consiste alors à créer et organiser cette synergie de façon à adapter l’offre et la demande. Elle  concerne aussi la mutualisation par exemple des plans transports ou des réseaux logistiques. Ces symbioses peuvent être mise en œuvre au sein d’une zone industrielle, d’un territoire ou même à l’échelle d’un  pays afin de créer des systèmes industriels dit « matures ».

On l’aura compris, l’écologie industrielle part du postulat que dans le domaine de l’industrie,  sous chaque flux de valeur (financier), il y a forcément un flux de matière et d’énergie. Il s’agit alors d’étudier et de comprendre ces flux, puis de pouvoir mettre en place des circuits, voir des filières les plus efficientes possibles  pour chacun de ces flux.

Image1

En se référant au schéma ci-dessus, l’écologie industrielle veut analyser tout ce qui entre, sort, et s’accumule dans un système industriel. Les déchets peuvent alors de par leur connaissance rentrer dans une symbiose industrielle, les produits eux faire l’objet d’une analyse du cycle de vie, afin de mesurer l’impact de leur utilisation et de leur fin de vie sur l’environnement.

L’analyse du cycle de vie du produit est alors pris en compte et influe sur le choix des ressources qui rentrent dans le système industriel, de façon à minimiser le plus possible le cout du dit produit,  son impact sur la santé et l’environnement.

L’objet de l’écologie industrielle est aussi d’inciter à changer la façon de concevoir la disponibilité de la ressource et son approvisionnement. Par exemple, le Dr Suren Erkman, professeur d’écologie industrielle suisse a présenté une étude du métabolisme industriel du secteur du bois à Genève. Il en ressort que la forêt genevoise produit chaque année 4200 tonnes de bois, tandis que la disponibilité en bois de la même ville stockée dans les infrastructures représente plus d’un million de tonnes. En même temps, les déchets en bois de Genève s’élèvent à 17000 tonnes chaque année, ce qui représente plus de 4 fois la production annuelle de la forêt. Il est alors évident qu’il vaut mieux exploiter le bois issu des infrastructures chaque année Car c’est là où la ressource est la plus abondante.

DES EXEMPLES

L’exemple le plus marquant d’application des principes de l’écologie industrielle aujourd’hui  est probablement celui de  KALUNBORG. Cette ville portuaire du Danemark est pionnière dans la mise en place de Symbioses industrielles et a réussi à construire un véritable écosystème industriel.

Ainsi, dans cette sorte d’éco-parc industriel, les usines ont été construites de façon à ce que les déchets des unes soient les matières premières des autres. La Symbiose industrielle de Kalundborg comprend cinq partenaires historiques principaux : une raffinerie (Statoil), une centrale électrique (Asnaes), le site principal de Novo Nordisk (biotechnologie), une usine de panneaux en plâtre (Gyproc), et enfin la municipalité elle-même. Ces partenaires sont tous interdépendants pour les matières premières ou la gestion de leurs déchets.

Au-delà de cet exemple, plusieurs projets d’écologie industrielle se montent dans le monde, notamment en chine, en Europe et même en France dans plusieurs régions.

L’exemple du Nord pas de Calais ci-dessous donne un aperçu.

LES LIMITES DE L’ÉCOLOGIE INDUSTRIELLE

Le principe d’écologie industrielle se heurte à quelques obstacles.

D’abord, une symbiose comme son nom l’indique demande une collaboration accrue entre les entreprises. Ces dernières ne sont pas toujours disposées à ouvrir leurs portes à d’autres entreprises, par peur de se voir voler des secrets, ou pour se protéger de la concurrence. Lorsque les entreprises sont partantes, les zones industrielles tels que nous les connaissons aujourd’hui n’ont souvent pas été conçu avec l’idée d’une synergie entre les entreprises, ce qui demande de gros travaux  d’aménagements et augmentent le cout du projet.

Dans un second temps, les états et l’union européenne, pour ne parler que de l’UE règlementent de façon très strict les transactions de déchets, notamment industriels. ça peut alors devenir un vrai casse tête administratif pour avoir les autorisations permettant d’utiliser les déchet d’un autres système industriel comme matière première ou source d’énergie.

Enfin, la conservation de l’énergie reste une question majeure. entre une entreprise dont les déchets peuvent devenir source d’énergie d’une autre, il peut y avoir un décalage quand au moment ou l’une produit le déchet et le moment ou l’autre en à besoin. Il s’agit alors de savoir comment conserver cette ressource et l’utiliser au moment opportun.

Néanmoins, nous n’avons assurément pas finis d’entendre parler d’écologie industrielle, tout comme de l’économie circulaire de façon générale.

Des instituts se créent, des formations spécialisées comme le Master spécialisé écologie industrielle de Centrale Paris, la chaire de l’université de Troyes.

Souhaitons qu’elle continue à se démocratiser.

 ALLER PLUS LOIN :

Suren Erkman. Vers une écologie industrielle. 1e ed. Paris: Edition Charles Léopold Mayer, 2004.

Philippe Frémeaux, Wojtek Kalinowski, Aurore Lalucq. Transition écologique, mode d’emploi. 1er ed. Paris : Les petits matins avec alternatives économiques 2014.

http://www.e-sige.ensmp.fr/uved/ecologieIndustrielle/module6/metabolisme/html/1.html#