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PERSONNALITÉ DU DÉVELOPPEMENT DURABLE#5 VANDANA SHIVA

Voici venu le temps de présenter une nouvelle personnalité du développement durable, sur le « wall of fame » du billetDD, où penseurs, scientifiques, activistes ou personnages politique qui œuvrent par leurs actions, à l’émergence d’une société plus écologique et un développement soutenable trouvent place.

La personnalité aujourd’hui est VANDANA SHIVA.

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Vandana Shiva , née le 5 novembre 1952 à Dehradun dans l’état de l’Uttarakhand est une intellectuelle indienne, docteur en philosophie, écrivain, également formée  en physique quantique.  Elle est probablement l’une des écologistes les plus connues dans le monde, donnant des conférences, participant à des documentaires, intervenant au sein des organisations intergouvernementales à des groupes de travail sur diverses questions de développement, notamment concernant les pays du sud.

COMBAT POUR LA BIODIVERSITÉ 

Le cheval de bataille principal de Vandana est la protection de l’environnement, de la biodiversité et le développement de pratiques écologique, alternative au « tout industriel » dans le domaine de l’agriculture, dont le défi n’est rien de moins que de nourrir la population planétaire qui ne cesse de s’accroître.

Ce combat l’a amené à prendre des positions fortes et parfois qualifiées de « radicales » envers l’industrie agro-industrielle de façon générale, et les entreprises de produits phytosanitaires et/ou de biotechnologies agricoles en particulier.

Ainsi, Vandana shiva  s’est fait connaitre surtout à travers son opposition aux OGM (organismes génétiquement modifiés). Dans cette dynamique, elle a crée un centre de recherche et de formation sur la biodiversité et l’agroécologie nommé NAVDANYA. Cette structure permet de mener différents projets d’expérimentation et de mise en œuvre de solutions écologiques aux problèmes rencontrés par les agriculteurs, et mène des études sur les conséquences sociales, environnementales et sanitaires de l’utilisation massive de pesticides chimiques, des semences OGM, et de la biopiraterie*.

En termes de solution, Vandana shiva à travers NAVDANYA  a développé un réseau de collecte, de préservation et de redistribution de semences sur tout le territoire indien loin du grand marché organisé par les multinationales.

Une qualité qu’il faut reconnaître à Vandana est sa capacité à  expliciter les mécanismes qui dans nos modèles de développement desservent l’intérêt collectif.

C’est probablement cette qualité qui explique les nombreuses conférences qu’elle est invitée à donner à travers le monde.

Cette aptitude s’est illustrée dans la bataille qu’elle a mené contre la catastrophe du suicide des paysans indiens, acculés par les conséquences négatives de la « révolution verte » entamé dans les années soixante. En effet si cette politique d’intensification des cultures à permis à l’inde de devenir auto suffisant, voir exportateur de denrées comme le blé, elle à aussi entraîné une utilisation massive de produit chimique et un endettement des paysans. Ces derniers se retrouvant endettés, avec des terres devenue improductives ne trouvent pas d’autres moyens que de se donner la mort, souvent avec les pesticides destinés aux plantes.

 AVEC LA POPULARITÉ, LES CRITIQUES 

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On a vu paraître quelques critiques sur la légitimité de Vandana Shiva, la véracité de ses arguments, ou  les parallèles qu’elle peut faire parfois pour illustrer son propos.

Le célèbre journal « New Yorker » a publié en Aout 2014 un article du journaliste Michel Specter mettant en avant ce qu’il appelle « les doutes » sur l’écologiste indienne. Ces « doutes » portent sur le flou supposé entretenu par l’intéressée sur son diplômes en physique, (licence ? maîtrise ? doctorat ?) ou encore sur les fortes sommes demandées pour ses conférences, ou encore le fait d’avoir comparé la culture d’OGM à un viol.

Le blogueur français Yann  Kindo reprend ces accusations sur son blog et enrichit l’argumentation de specter.

Rappelons que Vandana Shiva a répondu point par point aux accusations dans une lettre publiée sur son site ICI.

Une chose est sûre,  c’est que Madame Shiva pose les bonnes questions sur des problématiques écologiques, sociales et économiques qui concernent la planète entière.  Elle propose et met en œuvre des solutions dont on peut mesurer les résultats, et ses diplômes, les montants demandés pour ses conférences n’impactent en rien son expérience de plus de trente ans das le domaine, il n’y a pas la non plus d’après les informations avancées par ses critiques, de véritable question d’éthique ou de conflits d’intérêts.

Les prix qui lui ont été décernés :

Prix Nobel alternatif en 1993, « pour avoir placé les femmes et l’écologie au cœur du discours sur le développement moderne »

Grand Prix de la culture asiatique de Fukuoka en 2012.

Les combats de cette grande dame sont nombreux et du haut de ses soixante-deux ans, elle ne semble pas sujette à la fatigue. Tant mieux pour nous, et pour la planète, on espère qu’elle continuera à marteler ses messages et qu’elle inspirera d’autres « écoféministe »

ALLER PLUS LOIN :

  • Lionel Astruc ( 2014) Vandana Shiva, Pour une désobéissance créatrice , Domaine du possible, Acte Sud.
  • Vandana Shiva, victoires d’une Indienne contre le pillage de la biodiversité, éd. Terre Vivante, 2011.
  • Ecoféminisme (1993) avec Maria Mies
  • Vandana Shiva, Ethique et agro-industrie. Main basse sur la vie, L’Harmattan,‎ 1996

* biopiraterie : appropriation illégitime des ressources de la biodiversité et des connaissances traditionnelles autochtones qui peuvent y être associées

PERSONNALITE DU DEVELOPPEMENT DURABLE #4 WANGARI MUTA MAATHAI

Il est des destins si romanesques qu’on a du mal croire qu’ils ce soient réalisés en une seule vie. C’est l’impression que donne la vie de la personnalité que nous allons découvrir aujourd’hui.  Penchons-nous sur l’histoire de l’illustre WANGARI MUTA MAATHAI.

Cette femme née en 1940  à Nyeri, une ville moyenne de la région des white higdland  au Kenya, fut  une écologiste engagée  très active dans son pays et dans le monde.

Wangari Muta Maathai

UN PARCOURS SCOLAIRE BRILLANT, UNE CARRIERE TRACEE

Dès son jeune âge, Wangari montre une appétence particulière pour les études. Ses parents, très attachés à l’éducation l’inscrivent dans une école tenue par des sœurs, un couvent où elle obtiendra avec brio son baccalauréat. Dans la foulée, Wangari obtient grâce au soutien de ses professeurs une bourse pour aller étudier aux USA.

Elle sera la première femme d’Afrique de l’est à obtenir une licence de biologie en 1964. Après le Kansas, direction la Pennsylvanie ou elle valide son master avant de commencer une carrière d’universitaire. D’abord en Allemagne, puis dans son pays le Kenya ou elle occupe le poste d’assistante de recherche.

En 1971, elle soutient sa thèse de doctorat puis devient la doyenne de la faculté en 2002. Wangari est aussi la première femme d’Afrique de l’est et d’Afrique centrale à atteindre le grade de docteur.

ENGAGEMENT ET MILITANTISME

Wangari en tant que femme intellectuelle africaine, interpellée par la condition de la femme dans la société kényane et les sociétés africaines en générale, va commencer à militer pour une meilleure reconnaissance du travail de ces dernières. Vient  aussi la prise de conscience que les problèmes environnementaux comme l’érosion des sols qui ruinent les cultures et déplacent les populations, sont  autant d’éléments qui participent à la précarité de la femme Kényane  et de la population en générale. Les problèmes sont nombreux, la déforestation galopante pousse les population à aller toujours plus loin chercher du bois pour se chauffer, la sécheresse rend l’agriculture de subsistance de moins en moins viable, l’exode rural que ça entraine est une vraie hécatombe etc..

C’est sur ces constats que Wangari Maathai en tant que scientifique mais aussi militante au sein du conseil national des femmes Kényanes (NCWK) commence à faire valoir ses opinions en faveur de la protection de l’environnement.

En 1977, elle fonde le « GREEN BELT MOVEMENT » dont la mission est de planter des arbres pour créer une ceinture autour des territoires ruraux, à la fois pour lutter contre la déforestation et l’érosion, mais aussi pour contenir l’avancée de la sécheresse,  permettre à la végétation de se régénérer et  une agriculture viable, garantir aux femmes la disponibilité de bois de chauffage pour l’avenir  et une source de revenu à travers des leviers de développement plus durables.

Le mouvement est un vrai succès, en 1993, le mouvement de la « ceinture verte » de Wangari avait planté 30 millions d’arbres à travers le territoire Kenyan.

DEBOIRES POLITIQUES  ET RENOMEE INTERNATIONALE

En 1997, Wangari Maathai est devenu une personnalité influente dans son pays, son projet porte ses fruits et le pays vis la deuxième élection pluripartite de son histoire.

La maman des arbres comme l’appellent affectueusement ses compatriotes se lance dans la vie politique en briguant le poste de présidente de la république, Sa candidature sera retoquée par son propre parti. Elle réitère l’opération pour un poste de député mais est battue.

Son statut d’opposante politique ne va pas tarder à lui causer des ennuis avec la justice, elle va connaitre quelques séjours en prison, sans que  cela n’entame son engagement.

Elle sera finalement secrétaire d’état à l’environnement entre 2003 et 2005 avant de faire part de sa déception vis-à-vis du monde politique et quitter son poste.

Bien que déjà connue à travers le monde avec son mouvement de la ceinture verte, Wangari est  fortement médiatisée lors de son opposition à un projet de déforestation massif à la fin des années quatre-vingt-dix.

En effet le président Kényan de l’époque envisageait de raser une zone forestière d’envergure, la forêt KARURA près de NAIROBI,  pour se construire un palais luxueux. Après plusieurs mois de lutte anti violente, des menaces et des agressions, Wangari et son mouvement parviennent à faire reculer le président Arap Moi.

Wanagri ne s’arrêtera plus de se battre pour plus de démocratie et un développement durable dans son pays, en Afrique et dans le monde.

Sa renommée lui permet de porter haut son message, elle est invitée aux grandes rencontres sur le climat et le développement durable, membre honoraire du club de Rome,  conseillère honoraire au conseil pour l’avenir du monde, etc.

En 2004, elle s’est vu décerner le PRIX NOBEL DE LA PAIX, le jury avait motivé son choix en louant son « approche holistique du développement durable, qui englobe la démocratie, les droits humains et en particulier ceux de la femme ».

Cette distinction est la plus prestigieuse parmi une large série, reconnaissant le travail de la militante écologiste. La France lui a décerné en 2006 la médaille de chevalier de l’ordre de la légion d’honneur.

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Wangari Maathai  nous quitte en 2011 des suites d’un cancer, après avoir consacré trente-cinq ans de sa vie à se battre pour plus de démocratie et un développement durable.

HERITAGE DE WANGARI MAATHAI

Wangari a laissé un mouvement « The green belt movement » qui continu son travail au Kenya et en Afrique et dans le monde.

Son modèle a été repris dans plusieurs pays du monde, notamment au brésil et en Amazonie.

La militante laisse aussi une œuvre littéraire non négligeable dont on peut citer « pour l’amour des arbres » avec la préface d’un certain, Nicolas Hulot.

Au-delà de tous cela c’est surtout une vraie leçon d’abnégation et de fidélité en les valeurs qui nous sont chers que nous laisse cette personnalité.

Paix à son Ame, puisse sa claire voyance et son courage nous éclairer et nous donner la force de continuer le combat qu’elle et d’autres ont entamés.